La singulière tristesse du gâteau au citron

Un roman tout en demi-teinte, intimiste, poétique !

Un titre intrigant ! Mais un phénomène tout aussi intrigant pour Rose… En effet, les aliments qu’elle consomme deviennent un élément de lecture des émotions des gens qui les cuisinent …
Le jour anniversaire de ses 9 ans, Rose déguste le gâteau au citron que sa mère vient de lui cuisiner pour l’occasion. Désemparée, en une bouchée, elle perçoit le désespoir et la tristesse profonde qui habite sa mère…

Et au fil des jours, à chaque dégustation de plats, elle ressent très précisément les émotions des personnes qui ont cuisiné ces plats. Autant la colère, l’agacement, l’émoi … de ces gens qui la nourrissent … et peu importe l’endroit, tant dans sa famille, qu’au restaurant ou à la cafétéria. La découverte de ce pouvoir est un vrai choc qui va la perturber grandement au point de la pousser à se réfugier dans la nourriture purement industrielle – donc complètement anonyme – pour être bien sûr de ne plus rien ressentir.

A travers les émotions qu’elle ressent au contact de la nourriture, Rose apprend à se connaître elle-même … C’est ce difficile passage de l’enfance à l’adolescence et à l’âge adulte qu’elle traversera ! 15 années de la vie de Rose, où les relations avec sa famille sont omniprésentes : une famille totalement dysfonctionnelle -avec la mère dépressive, qui aura une liaison que Rose aura d’ailleurs perçue « un goût d’amour et de trahison », dira-t-elle. Le père taciturne, le frère, surdoué mais autiste, un très proche ami de son frère qui lui fera connaître un grand moment de passion. À lire ce conte savoureux dont le fameux gâteau au citron aura changé la vie de Rose.

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Un extrait pour donner la couleur

J’avais passé mes déjeuners à goûter ce que prenaient mes camarades, me frayant un chemin à la cantine où j’avais fini par découvrir une pizza à la pâte moelleuse préparée dans le coin gauche des cuisines de l’école par une dame triste avec un filet sur les cheveux. Elle était triste, d’accord, mais sa tristesse était si sincère et reconnaissable que je trouvais la sauce tomate et le fromage fondu plus que comestibles, pour ne pas dire bons. (ed Points, p. 94)

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Quelques notes de l’éditeur (4e de couverture) :

Sous la douceur la plus exquise, Rose perçoit le désespoir. Ce bouleversement va entraîner la petite fille dans une enquête sur sa famille. Car, chez les Edelstein, tous disposent d’un pouvoir embarrassant : odorat surpuissant ou capacité de se fondre dans le décor au point de disparaître. Pour ces superhéros du quotidien, ce don est un fardeau. Chacun pense être affligé d’un mal unique, d’un pouvoir qu’il faut passer sous silence.

À propos de l’auteur :AimeeBender

Née en 1969, Aimée Bender vit à Los Angeles. Elle enseigne le creative writing à University of Southern California. Elle travaille également en atelier de théâtre avec les malades mentaux. Son premier livre « La Fille dans la jupe inflammable » est une collection d’histoires courtes, publié en 1998.

Titre : La singulière tristesse de la tarte au citron
Auteur : Aimée Bender
Éditeur : de l’Olivier et Points
Date de parution : 2013
Traduction de l’anglais par Céline Leroy

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Big Brother

« JE VOUS LIVRE MA RÉFLEXION : NOUS SOMMES DESTINÉS À AVOIR FAIM. …MÊME SI LES MANQUES NOUS RONGENT, LA SATIÉTÉ EST ENCORE PIRE. »

CVT_Big-Brother_4374C’est ainsi que ce termine cette brique de 400 pages, une longue réflexion sur ce problème endémique qui contamine l’Amérique entière, l’excès de poids menant à l’obésité morbide.

Pandora, patronne d’une entreprise florissante vit avec Fletcher, son cyclomaniaque de mari, et les deux enfants de ce dernier. S’annonce son frère adoré, jazzman qu’elle n’a pas vu depuis très longtemps. À l’aéroport, elle ne le reconnaît pas : trop gros, il est réduit à se déplacer en fauteuil roulant. L’horreur d’héberger cet obèse morbide dont l’extrême lourdeur bouscule tout dans la maison, autant la vie avec le mari, les enfants que la vitesse avec laquelle on doit remplir le frigo afin de satisfaire cet ogre sans fond.

Après avoir bousculé le quotidien de tous pendant 2 mois, sa sœur lui fera l’étrange proposition de s’isoler en sa compagnie, avec un seul but, celui de perdre cet excès de gras et ainsi, lui permettre de retrouver sa silhouette de jeunesse. « J’ai appris que la volonté est un muscle, dira-t-elle ». En une année, de 175 Kg, il se rendra à 74,5kg. Cette année sera vécue intensément par le frère et la sœur, mais bousculera totalement la vie amoureuse et familiale de Pandora.

Des scènes troublantes ou l’horreur côtoie la déchéance. D’ailleurs, l’auteure n’hésite aucunement, à nommer et invectiver les empires américains de la malbouffe, Dunkin Donuts, Pizza Hut ou autres. La réflexion sur cette forme d’alimentation est moralisatrice à l’occasion, mais demeure dénonciatrice et fort juste. Tout est dit, sur l’excès, autant le trop que le trop peu. « Nous ne savons plus comment manger », voilà ce qui résume sa thèse sur le dossier malbouffe américaine !

La traduction française est un peu trop … vieille France, à mon goût, et ces expressions argotiques deviennent harassantes, du genre, j’avais les boules, la meilleure putain de pizza ou … c’est trop fastoche ! Dommage car ces expressions locales nous éloignent de la véritable mise en situation. Mieux vaut peut-être lire Big Brother, dans en texte d’origine.

Un extrait pour donner la couleur

« À mon avis, si tu manges autant, c’est parce que tu n’apprécies pas la nourriture, et non parce que c’est si bon que tu n’arrives pas à t’arrêter. Tu demandes à la nourriture de te donner quelque chose qui n’est pas en son pouvoir, et du coup, la quantité que tu ingurgites est potentiellement infinie. » (p. 240)

Quelques notes de l’éditeur (4e de couverture) :

Après, entre autres, Il faut qu’on parle de Kevin, la nouvelle bombe de Lionel Shriver. Toute sa verve sarcastique, sa profondeur d’analyse, son esprit de provocation dans un roman choc partiellement autobiographique sur un sujet brûlant d’actualité : notre rapport névrotique à la nourriture, et son corollaire, l’obésité alarmante dans nos sociétés occidentales.

 À propos de l’auteur :

Née en 1957 en Caroline du Nord, Lionel Shriver a fait ses études à New York. Diplômée de Columbia, elle a été professeur avant de partir parcourir le monde. Elle a notamment vécu en Israël, à Bangkok, à Nairobi et à Belfast. Big Brother est son cinquième roman traduit en français.

Titre : Big Brother
Auteur : Lionel SHRIVER
Éditeur : Belfond
Date de parution : 2014
Traduction de l’américain par Laurence Richard

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